Trajectoire

Avant, elle était en transit, inconfiante. Elle cherchait à faire illusion pour ne pas perdre la face. Oscillations. Allers et venues. Hésitations. Balbutiements. Elle pensait que son point central, d’encrage, devait fusionner avec celui d’un autre pour devenir complète.

Pendant, elle est devenue apatride, charcutée. Miroir. Folie. Labyrinthe. Isolement. Rigidité. Violence. Perversion. Dépendance. Explosion. Cris. Agitation. Douleurs. Exigences. Crispations. Attentes. Mensonges. Chaos. Implosion. Et paf!

Puis expulsion. Elle a vomi ses tripes, son souffle, son cerveau. Ses mains sont devenues points menaçants. Ses yeux sont sortis de leurs orbites. Sa langue s’est tour à tour figée, puis fissurée pour devenir lames acérées. Elle a vu son propre cœur giser à ses pieds. Il était sec, vampirisé. Le genre de bataille innommable qui te laisse abasourdi, désorienté, amorphe.

L’expression « faire table rase » a pris tout son sens. Purge. Lâcher prise.

Aujourd’hui, elle est autosuffisante, libre. Elle vogue, confiante. De cette expérience est né le déploiement, la douceur, l’encrage, le rire.

Elle a remodelé son cœur. Il danse au grès du vent d’un pas léger et assuré.

La femme dragon

Il paraît qu’elle fût dragon.

En des vies antérieures, en cette vie d’ici et maintenant, en des périodes précises de sa vie actuelle?

Qui le sait?

Dragon, symbole de force, de colère, de sagesse, de destruction, de protection? Gardienne de son trésor, le sien en son intérieur, sa flamme vitale, son intégrité, sa dignité?

Qui le sait?

Ce pot, comme témoin de son existence? Coquille de l’œuf à partir duquel elle a poussé son premier cri chaud, enflammé?

Qui le sait?

Technique du raku nu.

Vous m’avez dit sorcière?!

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Première blague journalière: elle s’achète de quoi manger avant son périple et tombe nez à nez avec ce magazine surplombant l’étalage d’une petite librairie – épicerie de village. La vie lui offre de quoi rire, courage et amuse toi, joue même à la sorcière si tu veux!

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Elle entre, elle ne veux pas, mais elle se doit. Souris, inspire, souffle doucement et émerveille toi! Efforce toi! Puisqu’il est temps de laisser partir. Puisqu’il est tant de marquer la fin, compère indissociable du renouveau. Ce cher canyon drômois, son terrain de jeu, devenu symbole de leur union « au delà du terrestre ».

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Marche pensive, grave. Mort à l’âme. Tantôt élan d’amour, tantôt pensées de colère, d’injustice, de culpabilité, d’incompréhension, de doutes. Tremblotante. Elle ne veut pas! Souris, inspire, souffle doucement et émerveille toi! Efforce toi!

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Seconde blague journalière: le printemps est là, sa saison. La vie reprend. Très bien, elle constate!

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Elle grimpe jusqu’à la trace qu’il reste d’eux. Les yeux brouillés de larmes, elle manque de tomber et peste contre elle-même, contre le sort. Souris, inspire, souffle doucement et émerveille toi! Efforce toi!

Troisième blague journalière: à ce moment précis, un busard la survole, proche. Son cri strident la fait sursauter et la pousse hors de ce tourbillon de pensées, comme un souffle de vie venu d’ailleurs. Réveille toi, bouge toi!

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Elle s’enfonce jusqu’au « lieu temple ». Arrivée. Dernière blague journalière: quelques prénoms font traces sur une des parois sablonneuses. « Nath 2019 » la frappe d’un gros coup derrière la nuque. Colère! Non, pas cette femme, pas ici! Elle, elle n’est que tentation et futilité, elle n’a pas sa place ici! Merde, merde et remerde! C’est du harcèlement! Oui, non, peut être. Regarde les choses telles qu’elles sont en cet instant! Tu n’appartiens à rien, ni à personne. Ta vie ne doit dépendre de rien, ni de personne. Souris, inspire, souffle doucement et émerveille toi! Efforce toi!

Tournée vers elle-même, la larme à l’œil, le bide béant, la tête pleine, la poitrine comprimée et le cœur serré, elle parvient à se défaire de sa propre folie au moins pour un instant et opte pour la naïveté, le sourire, la légèreté et la douceur: une plume de hibou, un cœur. Souris, inspire, souffle doucement et émerveille toi! Efforce toi!

Puisque le hibou grand duc a choisi de lui transmettre sa force ici, puisqu’elle constate l’arrivée du printemps ici, puisque ce busard lui a offert son élan vital ici.

Et puisque l’Amour est là, quoiqu’il arrive. Amour qu’elle se jure d’associer dorénavant uniquement à la douceur!

La vie ne serait-elle qu’un enchaînement de blagues?

Chemin de guérison

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Katharina, la cinquantaine passée. Un beau visage qui laisse percevoir les épreuves, le nomadisme, les galères, la joie de vivre, la tranquillité. Œil vif et souriant. Cheveux longs, point tatoué comme un troisième œil. Intrigante. Elle m’ouvre son sourire, ses bras, sa maison et son cœur.

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Elle me donne, la confiance s’installe, l’énergie circule de l’une à l’autre, puis de l’autre à l’une, humble, droite, douce, enveloppante, profonde. Découverte de l’hypnose, pleurs, angoisse, expulsion. Reversing, spasmes, voyage, rapace, détente.

Elle m’explique l’histoire, la sienne, celle qui lui a été transmise.

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Et puisque dorénavant l’avancée doit être solitaire, je fais des promesses, difficilement. Katharina m’encourage, me maintient.

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Merci à elles.

Entre contemplation et désir de possession

Une attirance: le hibou grand duc.

Deux possibilités: la fauconnerie ou la recherche de contemplation à l’état sauvage.

La séduisante fauconnerie comme un défi, comme une possibilité de créer un lien privilégié avec le rapace, comme une volonté de s’apprivoiser soi-même et l’animal, comme un sentiment de reproduire des gestes ancestraux, comme une possibilité de n’être uniquement emprunte que du présent. 

Je suis arrivée la tête pleine. Mon mode de vie me réduit à une tête pleine qui subit son quotidien. Peu de place pour le corps ou alors en des points précis et douloureux, tête lourde, épaules tendues, cœur serré, plexus comprimé, lombaires rigides, intestins détraqués.

« Enfile un gant », me dit-on. « On part en forêt pour nourrir deux rapaces. Tiens prends des bouts de poussins congelés. On y va! » Ah bon! Je ne m’y attendais pas. Quelques instructions, et me voilà en compagnie d’Ulysse, une buse harris au poing. Je redeviens corps complet et instinct. Je lâche Ulysse, il se perche non loin sur une branche et accepte de revenir se nourrir sur mon poing. La notion de temps, les préoccupations, les douleurs disparaissent. Je remercie Ulysse, un jeune mâle agile au caractère craintif, emprunt de douceur qui m’a permis d’interagir avec lui. Une belle rencontre.

Mon élan me pousse vers la fauconnerie, avec en arrière plan un désir de possession, d’exclusivité. Avec des interrogations autour de la nature humaine qui semble en recherche d’appropriation, de maîtrise.

Mon cœur m’invite au calme, à la patience, à la contemplation avec en arrière plan une invitation à l’observation, au détachement, à l’intégration d’un tout non hiérarchisé.

De même que mon élan m’a poussé longtemps à garder toutes mes productions céramiques, les satisfaisantes, les disproportionnées, les essais. Garder, tout. Il fallait que je produise vite pour posséder, comme une démonstration de ma valeur propre, réussir, prouver. Pourtant casser est une nécessité. Mon cœur m’a appris à casser, à lutter contre les pièges tendus par l’ego.

Choix de l’élan ou du cœur? Choix de l’ego ou de l’humilité? Choix de la parade ou de la sincérité?

La fauconnerie comme désir de possession. L’observation comme invitation à la contemplation.